L'EXPLOITATION COLONIALE ET LES ÉCHANGES INÉQUITABLES ONT FAÇONNÉ DEUX SIÈCLES D'INÉGALITÉS ENTRE LE NORD ET LE SUD
- chenggenzhao
- 10 juin 2025
- 2 min de lecture
Thomas Piketty Professeur chez Paris School of Economics

Ma nouvelle étude, co-écrite avec Gastón Nievas, éclaire sur plus de deux siècles de déséquilibres mondiaux, d’accumulation de richesse étrangère et de transferts internationaux : https://urlr.me/gDkrBd
Soyons clairs : les relations économiques internationales ne sont pas le fruit de mécanismes économiques « naturels » ou autorégulateurs, mais bien de rapports de force historiques, géopolitiques et commerciaux profondément inégaux.
L'étude s'appuie sur une nouvelle base de données wbop.world qui retrace les flux commerciaux mondiaux et la balance des paiements (biens, services, revenus et transferts) dans 57 territoires (48 pays + 9 régions résiduelles) de 1800 à 2025.
Entre 1800 et 1914, l’Europe a bâti son immense richesse extérieure grâce à des transferts coloniaux massifs, à des prix de matières premières artificiellement bas et à l’exploitation organisée du reste du monde.
Cela s'est produit en dépit de déficits commerciaux permanents - plus de la moitié de la production mondiale de matières premières était exportée vers l'Europe.
À la veille de la Première Guerre mondiale, les puissances européennes détenaient une part écrasante du capital étranger mondial, pendant que les régions colonisées accumulaient les déficits. Jamais aucun pays ni aucune région du monde n’a reçu des flux de revenus étrangers d’une ampleur comparable à ceux perçus par l’Europe au XIXe siècle.
Des règles du jeu différentes auraient pu changer le cours de l’histoire. Nos simulations de scénarios alternatifs montrent que, sans les transferts coloniaux, l’Europe aurait été endettée, et l’Asie du Sud ou l’Amérique latine seraient devenues créancières.
Avec des prix des matières premières plus équitables, les pays les plus pauvres auraient pu dégager des excédents leur permettant d’investir massivement dans le capital humain. Si, dans le même temps, les pays riches avaient absorbé ces pertes par une réduction de la consommation des élites, la convergence en matière de productivité entre pays pauvres et pays riches aurait pu être quasiment achevée à l’horizon 2025.
Aujourd’hui, l’objectif de convergence mondiale (en termes de productivité entre différentes régions du monde) est encore loin d’être atteint. Nous vivons toujours dans un monde marqué par des déséquilibres économiques persistants et des rapports de force croissants, où les règles du jeu restent fondamentalement biaisées au détriment du Sud Global.
Mais les inégalités de développement ne sont pas une fatalité. Ce sont le fruit de choix politiques — et ils peuvent être inversés. Il est urgent d’engager une réforme en profondeur du système monétaire et commercial international.




