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Un économiste a comparé l’efficacité des usines Tesla en Chine et aux États-Unis, le résultat est... ?

  • STRA
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

30/01/2026



Pourquoi presque tout ce que nous consommons est-il encore « Made in China » ? À cette question, beaucoup répondront instinctivement que la main-d'œuvre y est simplement bon marché. Si cette affirmation était peut-être vraie il y a vingt ans, elle est aujourd'hui devenue un contresens. Actuellement, la Chine génère environ 30 % de la production manufacturière mondiale, devançant largement les États-Unis et leurs 16 %. Si vous persistez à croire que seul le coût du travail explique ce fossé, l'analyse qui suit va bousculer vos certitudes.


Récemment, l’économiste Weijian Shan — dont le parcours force le respect, de son doctorat à Berkeley à ses années d'enseignement à la Wharton School jusqu'à la présidence de PAG — s’est penché sur un cas d’étude fascinant. Il a utilisé Tesla comme le « laboratoire » idéal de la productivité mondiale. L'entreprise d'Elon Musk possède en effet deux usines quasi miroirs, l’une à Shanghai et l’autre à Fremont en Californie, utilisant les mêmes technologies et les mêmes lignes pour produire les mêmes Model 3 et Model Y. En comparant ces deux « Gigafactories », les données de 2024 révèlent une réalité physique brutale : à Shanghai, environ 20 000 ouvriers produisent près d'un million de véhicules par an, soit 50 unités par personne. À Fremont, pour un effectif identique, la production stagne à 560 000 véhicules, soit seulement 28 unités par personne. À matériel égal, l’ouvrier chinois est donc deux fois plus efficace que son homologue américain.


Mais l'aspect le plus saisissant réside dans l'équation économique globale. Un ouvrier Tesla à Shanghai gagne environ 15 000 dollars par an, contre 82 500 dollars pour un poste équivalent aux États-Unis. En combinant cette productivité doublée à un salaire représentant à peine 17 % du coût américain, l’avantage de rentabilité de l’usine chinoise n'est pas simplement de deux fois, mais de 8 à 14 fois supérieur. Cette dynamique irrigue toute la chaîne de valeur, de la batterie aux moteurs, comme en témoigne la production de 5 millions de packs de batteries à Shanghai fin 2025, illustrant une efficacité d'échelle face à laquelle il devient difficile de lutter. Ce constat ne se limite d'ailleurs pas à l'automobile. Dans la construction navale, la Chine capte désormais entre 60 et 84 % des commandes mondiales avec 1 700 navires construits en 2024, quand les États-Unis en produisent moins de cinq. Dans la sidérurgie, la productivité physique d'une aciérie chinoise est 3,2 fois supérieure à celle d'une usine américaine, et malgré les protections tarifaires américaines, l'avantage de coût chinois reste 15 à 20 fois plus élevé. Le constat est identique dans le secteur du solaire où la Chine, dominant 80 % du marché mondial, affiche une efficacité de coût 10 à 15 fois supérieure à celle des États-Unis.


Face à ces évidences de terrain, comment expliquer que les institutions comme la Banque mondiale ou le FMI affichent encore des statistiques où la productivité chinoise ne représenterait que 20 % de celle des États-Unis ? Ce « paradoxe de la productivité » provient d'un biais dans les méthodes de calcul basées sur la valeur ajoutée plutôt que sur la production physique. Prenons l'iPhone : l'essentiel de la valeur ajoutée est capté par Apple pour le design et la marque, comptabilisés dans le PIB américain, tandis que l'usine chinoise qui assemble réellement l'objet ne perçoit qu'une marge infime de 3 à 5 %. Statistiquement, l'Américain semble produire énormément sans toucher d'outils, tandis que le fabricant réel paraît peu productif. À cela s'ajoute la distorsion des prix et de la parité de pouvoir d'achat : une voiture vendue plus cher sur un marché américain protégé gonflera artificiellement la productivité comptable de l'ouvrier américain, alors que la performance physique sur le sol chinois est supérieure pour un prix de vente inférieur.


En s'affranchissant des artifices monétaires pour ne regarder que la production réelle, Weijian Shan démontre que les États-Unis font face à un défi titanesque. Combler un écart de rentabilité de 10 à 14 fois est une mission presque impossible, même avec des subventions massives. L'avantage de la Chine n'est plus celui des « bras pas chers », mais celui d'un système complet alliant une main-d'œuvre ultra-efficace, un écosystème de fournisseurs inégalé, des infrastructures de pointe et une réserve d'ingénieurs STEM quatre fois supérieure à celle des États-Unis. La prochaine fois que vous tiendrez un produit « Made in China », vous saurez qu'il n'est plus le fruit d'un coût de main-d'œuvre dérisoire, mais le résultat d'une révolution profonde de l'efficacité et de l'organisation industrielle. Et cette transformation est loin d'être terminée.


PAR CG.Z


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