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France – Chine : quand la coopération sanitaire s’opère à cœur ouvert

30 décembre 2025



FranceChine : quand la coopération sanitaire s’opère à cœur ouvert


La santé comme diplomatie du réel entre deux puissances médicales


« La France et la Chine doivent continuer à innover ensemble. Notre coopération en santé est un modèle pour le monde. » Ce message adressé par Emmanuel Macron lors de son déplacement en Chine en décembre 2025, résonne comme un marqueur politique fort. Il consacre une relation construite patiemment, loin des effets d’annonce, au fil des blocs opératoires, des laboratoires de recherche et des amphithéâtres universitaires.


À l’heure où les systèmes de santé sont confrontés à des défis communs – vieillissement des populations, explosion des maladies chroniques, tensions sur l’accès aux soins, risques pandémiques – la relation franco-chinoise en matière de santé apparaît comme un laboratoire à ciel ouvert d’une mondialisation maîtrisée des soins.

Depuis plus de quinze ans, cette coopération s’est imposée comme un modèle d’équilibre : à l’excellence clinique et à la capacité d’innovation françaises répondent la puissance industrielle chinoise, sa rapidité d’exécution et l’ampleur

de son marché intérieur. Une complémentarité assumée, devenue aujourd’hui stratégique.


Une histoire de confiance patiemment construite


Tout commence en 2008, lorsque Paris et Pékin posent les premières pierres d’une coopération sanitaire structurée. Une déclaration d’intention ouvre la voie, bientôt suivie, en 2013, d’un arrangement administratif approfondissant les échanges en matière d’organisation des soins, de recherche clinique et de formation médicale.


Cette architecture institutionnelle s’est consolidée au fil des années. En juillet 2025, à Paris, lors de la 7e session du Dialogue de haut niveau sur les échanges humains, les deux pays ont réaffirmé leur volonté d’aller plus loin : intensifier les coopérations hospitalières, fluidifier la mobilité des professionnels de santé et soutenir des projets conjoints portés par le ministère français de la Santé et la Commission nationale de la santé chinoise.


Les chiffres traduisent cette dynamique de confiance :


  • plus de cinquante accords conclus depuis 2013 entre hôpitaux, universités et agences sanitaires ;

  • près de 1 200 étudiants et médecins échangés chaque année, au sein de cursus conjoints associant

notamment la Kunming Medical University et l’Université de Lorraine ;

• un écosystème structuré de 150 acteurs français réunis au sein de la French Healthcare Alliance China (FHAC), qui célèbre en 2025 dix années d’existence.


Myriam Pavageau, ministre conseillère à l’ambassade de France en Chine, résume l’esprit de cette relation : « La coopération franco-chinoise en santé repose sur des partenariats anciens et solides, avec la formation de plusieurs milliers de médecins franco-chinois depuis des décennies. »


Quand l’innovation efface les frontières


La téléchirurgie, symbole d’une médecine sans distance


Le 23 octobre 2025 marque un tournant symbolique. Ce jour-là, le CHU de Bordeaux entre dans l’histoire médicale mondiale en réalisant la première intervention cardiaque robotisée à distance entre la France et la Chine.


À plus de 10 000 kilomètres de là, à Xiamen, un patient de 73 ans est opéré de la valve mitrale. À Bordeaux, les professeurs Thomas Modine et Lionel Leroux pilotent l’intervention grâce à un robot chirurgical développé par la société chinoise Robogenix. Vingt minutes d’intervention, une précision millimétrique, et un succès clinique immédiat : le patient quitte l’hôpital deux jours plus tard.


« Pendant la procédure, nous échangions comme si nous étions dans la même pièce, confie le Dr Lionel Leroux. Cette technologie ouvre la voie à une médecine sans frontières. »


Des avancées qui se multiplient


Cet exploit n’est pas isolé. En septembre 2025, le Dr Richard Gaston, urologue français de renom, retire à distance une tumeur rénale chez un patient chinois depuis Bordeaux, dans le cadre d’un congrès de la Société européenne d’urologie.


Quelques mois plus tard, en décembre, le système JAZZ® d’IMPLANET, dédié à la chirurgie du rachis, est déployé dans plusieurs hôpitaux chinois après l’obtention de son homologation réglementaire. Autant de preuves que l’innovation franco-chinoise ne se limite plus à l’expérimentation, mais s’inscrit désormais dans la pratique clinique quotidienne.


Médecine de précision et intelligence artificielle : écrire l’avenir ensemble


« La médecine de précision est l’avenir, affirme le professeur Li Wei, de l’Université de Shanghai. En combinant l’expertise clinique française et la capacité de collecte de données chinoise, nous pouvons sauver des vies plus rapidement. » Cette conviction irrigue de nombreux projets communs. Le Forum sino-français sur la médecine translationnelle, réuni à Shanghai en 2025, a rassemblé près de 200 experts autour de l’intelligence artificielle appliquée à l’oncologie et aux thérapies géniques personnalisées.


Autre initiative structurante : le projet Génome Asie- Europe. En constituant une base de données génomiques commune, associant notamment l’hôpital Huashan de Shanghai et plusieurs partenaires français, ce programme vise à accélérer le développement de traitements ciblés et à faire émerger une médecine véritablement personnalisée.


Former, transmettre, rechercher : les fondations de l’excellence


La coopération ne se limite pas à la technologie. Elle s’enracine dans la formation des femmes et des hommes qui feront la médecine de demain.


Créé en 2008, à la suite des Jeux olympiques de Pékin, le Centre franco-chinois de formation à la médecine d’urgence s’est imposé comme une référence. Doté de

simulateurs médicaux de haute fidélité, il forme chaque année des centaines de médecins chinois aux standards internationaux.


Inaugurée en 2025, l’École de médecine sino-française de Kunming incarne une nouvelle étape. Elle forme des professionnels bilingues et biculturels, capables de naviguer entre deux systèmes de santé et de porter des projets communs à l’international.


Sur le plan scientifique, la recherche clinique collaborative s’intensifie. Le troisième Forum sino-français sur la médecine translationnelle a permis d’explorer des solutions innovantes face aux maladies chroniques et au vieillissement, tandis que des partenariats hospitaliers, comme celui entre le CHU de Grenoble et les hôpitaux de Suzhou et Zhenjiang, structurent les échanges de compétences.


Un partenariat économique devenu stratégique


Derrière les avancées médicales se dessine un enjeu économique majeur. Le marché chinois de la santé connaît une croissance spectaculaire :


• 183 milliards de dollars pour les dispositifs médicaux en 2024, avec une croissance annuelle de 15 % ;

  • 2 200 milliards de yuans investis dans la santé en 2025 dans le cadre du plan Healthy China 2030 ;

  • une hausse de 30 % des exportations françaises vers la Chine depuis 2020.

    Pour Jean-Pierre Boffy, président de la French Healthcare Alliance China, le constat est sans appel : « Le marché chinois est incontournable. Pour les entreprises françaises, c’est une opportunité unique de déployer des solutions innovantes à grande échelle. »

    Créée en 2013, la FHAC joue un rôle de catalyseur. Elle fédère aujourd’hui 135 entreprises françaises et facilite leur implantation à travers des journées médicales franco- chinoises, des ateliers de gestion hospitalière et des partenariats avec des acteurs majeurs de la santé numérique chinoise.


    Coopérer sans naïveté : défis et exigences


    Cette dynamique ne va pas sans défis. Les entreprises françaises doivent composer avec un environnement réglementaire exigeant, des normes en évolution et la nécessité de protéger leurs innovations.


    « On ne peut pas venir en Chine avec l’idée de copier- coller ce qui fonctionne ailleurs », rappelle Pierre Faury, co-président de la FHAC. Il faut s’adapter, co-construire et inscrire la coopération dans la durée. »


Dans le même temps, la France tire parti de cette relation à double sens. La Chine n’est pas seulement un marché, elle est un partenaire d’innovation, offrant des capacités d’essais cliniques à grande échelle, des coopérations industrielles et des enseignements précieux issus de sa gestion des crises sanitaires.


Défis communs, réponses partagées


Vieillissement des populations, maladies chroniques, inégalités d’accès aux soins : les défis sont similaires. La Chine comptera près de 300 millions de seniors d’ici 2035 ; la France fait face à une évolution démographique comparable.


Les maladies non transmissibles représentent 87 % des décès en Chine, un taux proche de celui observé en France. Des programmes communs émergent pour structurer des parcours de soins intégrés et renforcer la prévention.


Enfin, l’accès aux soins demeure un enjeu clé. Là où la France partage son expertise en matière de couverture universelle, la Chine apporte des solutions technologiques

capables de réduire les fractures territoriales, notamment grâce à la télémédecine.


Horizon 2030 : approfondir l’alliance


Deux priorités structurent les ambitions à venir :


  1. renforcer les partenariats industriels et technologiques, notamment via des co-entreprises en biotechnologies, pharmacie et dispositifs médicaux, et accélérer l’homologation croisée des innovations ;

  2. former une nouvelle génération de professionnels bilingues, à travers des diplômes conjoints et des échanges renforcés entre universités et hôpitaux.


La coopération franco-chinoise en santé ne relève ni de l’opportunisme ni du symbole. Elle s’inscrit dans le temps long, au service des patients, de l’innovation et de la souveraineté sanitaire des deux pays.


Des blocs opératoires aux marchés industriels, des laboratoires aux centres de formation, elle démontre que la santé demeure un langage universel, capable de dépasser les différences culturelles et politiques.


À l’heure de l’intelligence artificielle, de la médecine personnalisée et de la robotique, la France et la Chine disposent, ensemble, de tous les atouts pour façonner une

médecine globale, plus humaine, plus efficace et plus inclusive.


N.P

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