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IA et Photovoltaïque : Pourquoi Musk doit composer avec la réalité de la supply chain mondiale

  • STRA
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

8/1/2026 L’œil de Chenggen



Dans un monde qui veut à la fois accélérer l’IA, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et se réindustrialiser, combien de temps peut-on se permettre de transformer les équipements solaires les plus avancés en quasi-produits d’embargo — sans se freiner soi-même ? Le bruit de marché a fait le reste. Le 4 février, après des informations sur des visites d’équipes liées à Elon Musk auprès de groupes photovoltaïques chinois, les valeurs solaires ont flambé. Des indices sectoriels ont progressé d’environ +3% à +4% en Chine, et JinkoSolar a touché la limite journalière à Shanghai (+20%). Le point n’est pas de savoir si « un contrat » existe déjà. Le point, c’est l’échelle et l'urgence : l'IA est un gouffre énergétique qui ne pardonne pas les retards industriels.


Musk met des chiffres sur la table pour répondre à une prophétie qu'il martèle depuis 2024 : après la pénurie de puces et de transformateurs, le mur infranchissable est désormais celui de l'électricité. Pour que les supercalculateurs de xAI ou le réseau Dojo ne tombent pas en panne sèche en 2026, Tesla accélère les recrutements pour bâtir d’ici fin 2028 une capacité de production solaire domestique américaine de 100 GW. Cent gigawatts, ce n’est pas un « produit ». C’est une politique de survie énergétique. Pourtant, c’est là que les contraintes rattrapent les slogans. Les États-Unis disposent aujourd’hui d’environ 65 GW de capacité de modules, mais seulement 3,2 GW de capacité de cellules. On sait assembler. Beaucoup moins fabriquer l’étage critique.


Dans ces conditions, imaginer une trajectoire à 100 GW sans l’écosystème chinois relève plus de la volonté politique que de l’ingénierie. Car au-delà du panneau, c'est la « machine qui fabrique la machine » qui reste ancrée en Chine. Qu'il s'agisse de lignes de production « clés en main » pour les cellules TOPCon ou des logiciels de contrôle, l'usine texane de demain dépendra de l'ingénierie de Shanghai ou de Suzhou. Les visites de Musk racontent cette souveraineté de façade face à une dépendance technologique profonde : quand on vise des volumes extrêmes, on ne « réfléchit » pas, on audite les seuls capables de livrer la cadence.


Sauf que Washington a construit une digue. L’USTR a acté des hausses Section 301 à 50% sur les wafers et le polysilicium chinois au 1er janvier 2025, tandis que la fin de l'exemption pour l'Asie du Sud-Est a verrouillé les routes classiques. Face à ce mur, Musk, ce pragmatique qui déguise souvent ses nécessités industrielles en ambitions idéologiques, cherche la « troisième voie ». Qu'il s'agisse de sourcer via des hubs au Mexique ou de s'appuyer sur des capacités financées par le Moyen-Orient mais opérées avec des brevets chinois, l'industrie cherche la faille.


D'autant que le puzzle est incomplet sans le stockage. Un rêve solaire pour l'IA n'a de sens que s'il est couplé aux Megapacks. Or, sans les batteries LFP chinoises de CATL ou BYD, le solaire reste une énergie intermittente incapable d'alimenter des serveurs tournant 24h/24. On peut proclamer la souveraineté, multiplier les tarifs et redessiner les chaînes. Mais on ne négocie pas avec les kilowattheures. Les tarifs sont des barrières douanières, ils ne sont pas des lois de la physique. « Le réel, c’est ce qui résiste », écrivait Jacques Lacan — et, en 2026, ce réel s’appelle électricité : sans flux massif, pas d’IA, pas de promesse tenue. Le reste n’est qu’un calendrier qui dérape face aux réalités implacables de la supply chain mondiale.

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