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La Chine et les océans : puissance maritime, enjeux globaux et coopérations avec la France

16 janvier 2026



L’océan, nouvel horizon stratégique chinois


Au cours des deux dernières décennies, la Chine a opéré un basculement stratégique majeur : d’une puissance essentiellement continentale, elle est devenue une puissance maritime globale. Les océans occupent désormais une place centrale dans sa vision du développement, de la sécurité nationale et du rayonnement international.


Le commerce, l’énergie, la recherche scientifique, l’exploitation des ressources, la transition écologique et les rivalités géopolitiques se croisent désormais en mer.


En 2025, la Chine a franchi un cap symbolique : sa flotte marchande représente désormais 50 % du tonnage mondial, tandis que ses investissements dans les ports étrangers dépassent les 200 milliards de dollars depuis 2013. La Chine est passée en 20 ans d’une puissance continentale à une puissance maritime majeure, avec une économie bleue représentant 8 % de son PIB (1 300 milliards d’euros en 2023).


Dans ce contexte, la stratégie maritime chinoise suscite autant d’intérêt que d’inquiétudes. Elle redessine les équilibres régionaux en Asie-Pacifique et impacte directement l’Europe et la France, puissance maritime mondiale disposant du deuxième espace maritime au monde (11 millions de km2).


1. Les enjeux stratégiques : pourquoi les océans sont vitaux pour la Chine


1.1 Sécurité, souveraineté et contrôle des routes maritimes


Plus de 90 % du commerce extérieur chinois transite par voie maritime, et près de 60 % de ses importations énergétiques passent par des détroits stratégiques, en particulier le détroit de Malacca. Cette dépendance explique l’importance accordée à la sécurisation des voies maritimes reliant la Chine à l’océan Indien, au Moyen-Orient et à l’Europe.

Comme l’a résumé le président Xi Jinping, lors de la Conférence centrale sur les affaires maritimes (2013), reprise à plusieurs reprises dans les plans quinquennaux : « La Chine doit accélérer sa transformation en grande puissance maritime et protéger résolument ses droits et intérêts maritimes. »

Cette ambition se traduit par un développement rapide de la marine chinoise (PLAN), qui compte aujourd’hui plus de 370 bâtiments, ce qui en fait la première flotte mondiale en nombre de navires, devant les États-Unis, selon le U.S. Department of Defense – China Military Power Report.


1.2 L’océan comme moteur de croissance économique


La « blue economy » chinoise est intégrée aux plans quinquennaux successifs. Elle couvre :

  • le transport maritime (première flotte marchande mondiale en tonnage),

  • la construction navale (plus de 45 % des commandes mondiales),

  • les énergies marines renouvelables,

  • la biotechnologie marine,

  • la pêche et l’aquaculture.

La Chine est le premier producteur mondial de produits de la mer, représentant à elle seule environ 35 % de la production halieutique mondiale, ce qui pose des enjeux majeurs de durabilité.


1.3 Un enjeu de puissance globale


Au-delà de l’économie, la mer est un outil de projection diplomatique et stratégique. La Chine est aujourd’hui présente, directement ou indirectement, dans plus de 100 ports à travers le monde, via des participations, concessions ou partenariats.

Selon Hu Bo, directeur du Center for Maritime Strategy Studies au China Institute of International Studies (CIIS), think tank rattaché au ministère chinois des Affaires étrangères : « Les océans sont devenus un espace clé où se croisent développement économique, sécurité nationale et gouvernance mondiale. »


2. Les grands projets maritimes chinois


2.1 La Route maritime de la soie


Composante essentielle de la Belt and Road Initiative (BRI), la Route maritime de la soie vise à structurer un vaste réseau reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Depuis 2013, plus de 150 pays ont signé des accords liés à la BRI, dont une part importante concerne les infrastructures portuaires.

Selon les chiffres officiels chinois, les investissements cumulés liés à la BRI dépassent 1 000 milliards de dollars, avec une part significative consacrée aux ports, terminaux et zones logistiques.


2.2 Ports, chantiers navals et logistique mondiale


La Chine opère 7 des 10 plus grands ports mondiaux en volume de conteneurs, dont Shanghai, Ningbo-Zhoushan et Shenzhen. Le port de Shanghai reste le premier port à conteneurs mondial avec plus de 49 millions d’EVP traités par an.

Elle domine également la construction navale :

  • 50 % des navires civils livrés dans le monde,

  • leadership dans les porte-conteneurs géants,

  • montée en gamme technologique sur les navires à propulsion propre.


    2.3 Recherche scientifique et technologies océaniques


La Chine dispose de plus de 60 navires de recherche océanographique et investit massivement dans l’exploration des grands fonds. Elle a mené plus de 10 000 plongées scientifiques en eaux profondes au cours de la dernière décennie.

Le programme spatial marin chinois inclut des satellites dédiés à l’observation des océans, à la prévision des typhons et au suivi du changement climatique.


2.4 Ressources marines et grands fonds


Pékin est l’un des acteurs les plus actifs au sein de l’Autorité internationale des fonds marins (ISA). Elle détient plusieurs contrats d’exploration pour les nodules polymétalliques dans le Pacifique.


Selon Liu Feng, chercheur senior à la China Ocean Mineral Resources Research and Development Association (COMRA), organisme public chinois impliqué dans l’exploration des grands fonds :« Les ressources des grands fonds marins constituent une réserve stratégique pour l’avenir industriel et énergétique de la Chine. »


3. Océans et environnement : ambitions et contradictions


3.1 Protection des écosystèmes marins


La Chine affirme avoir créé ou étendu plus de 270 aires marines protégées, couvrant environ 5 % de ses zones maritimes. Elle

met également en avant la restauration de mangroves (plus de 18 000 hectares replantés depuis 2015).


Pékin a instauré un moratoire annuel de pêche en mer de Chine méridionale et orientale, concernant plusieurs centaines de milliers de navires.


3.2 Tensions entre écologie et exploitation


Malgré ces efforts, la Chine reste confrontée à :

  • la surpêche,

  • la pollution plastique,

  • l’impact environnemental de l’aquaculture industrielle,

  • les controverses liées à l’exploitation minière en haute mer.

    Comme le souligne Greenpeace East Asia, très active sur les questions océaniques en Chine :« La Chine est à la fois un acteur incontournable de la protection des océans et l’un de leurs principaux utilisateurs industriels, ce qui crée une tension permanente entre conservation et exploitation. »


    4. La France et la Chine : coopérations et lignes de fracture

    4.1 Une coopération scientifique structurante


    Le projet CFOSAT, satellite franco-chinois lancé en 2018 par le CNES et la CNSA, constitue un symbole fort de coopération. Il

fournit des données uniques sur les vents et les vagues, utilisées par les scientifiques et les météorologues du monde entier.


La France et la Chine coopèrent également dans les domaines de :

• l’océanographie physique,• la modélisation climatique,• les énergies marines renouvelables, • la biodiversité.


4.2 Diplomatie océanique et multilatéralisme


Paris et Pékin participent activement aux grandes enceintes internationales consacrées à l’océan et au climat. Lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan, les deux pays ont réaffirmé leur attachement à l’Objectif de développement durable n°14 et à la nécessité d’une action coordonnée face à l’urgence environnementale.


Dans ce contexte, l’enjeu principal est de renforcer une coopération concrète et mesurable, en s’appuyant sur le multilatéralisme : recherche océanographique, protection de la biodiversité, lutte contre la pollution plastique, adaptation des littoraux au changement climatique, et développement d’une économie bleue plus durable. La France et la Chine disposent d’atouts complémentaires — expertise scientifique, capacités industrielles, leviers financiers — qui peuvent accélérer des solutions à l’échelle.


L’océan, levier de coopération de long terme


L’océan constitue un espace où les intérêts convergent naturellement : sécurité des chaînes logistiques maritimes, résilience climatique, gestion des ressources, et gouvernance internationale. Pour la France et l’Europe, l’essentiel est donc de transformer les intentions en partenariats structurants : programmes communs, plateformes de données partagées, projets pilotes dans les ports et les villes côtières, standards et bonnes pratiques, ainsi que dispositifs de financement croisés.


À l’heure où les équilibres maritimes se recomposent, une approche fondée sur la coopération, la science et des projets opérationnels permettrait de donner plus de profondeur et de stabilité au dialogue Chine–France, et de faire de l’océan non pas un sujet de discours, mais un terrain d’action commune.


N.P

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