« Tout s’est inversé » : quand la France regarde vers la Chine pour réindustrialiser
- stratège

- 4 janv.
- 5 min de lecture
11 décembre 2025

Introduction : un renversement historique
« Tout s’est inversé. Les pays émergents, c’est nous. Le pays développé, c’est eux. » Cette phrase de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, résume le basculement stratégique en cours entre la France et la Chine. Lors de sa visite officielle en Chine en décembre 2025, - le 4eme depuis qu’il est Président, Emmanuel Macron a martelé un message clair : après des décennies de délocalisations de l’Europe vers l’Asie, la France cherche désormais à attirer les transferts technologiques chinois pour combler son retard industriel, notamment dans des filières stratégiques comme les batteries, le photovoltaïque ou la voiture électrique. « L’Europe doit ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement direct aux grandes entreprises chinoises qui sont aux avant-postes sur le plan technologique, pour qu’elles viennent faire ce qu’on a fait ici, il y a 20-30 ans : du transfert de technologies sur ces éléments clés qui nous permettront de réussir notre transition énergétique, climatique et de mobilité encore plus vite », a-t-il déclaré à Chengdu.
Ce virage s’inscrit dans un contexte où la Chine n’est plus l’atelier low-cost du monde, mais un acteur majeur de l’innovation et de la haute technologie, capable d’exporter non seulement des produits finis, mais aussi des systèmes technologiques complets, des savoir-faire managériaux et des plateformes industrielles modernisées. « La Chine n’est plus seulement un marché à conquérir, mais un partenaire technologique à part entière », souligne Camille Verchery, expert en innovation sino-française. « Les entreprises françaises doivent désormais penser en termes de co-développement et de partage de valeur, plutôt que de simple exportation ».
Le virage technologique et industriel de la Chine
Une stratégie de « transition vers un développement de haute qualité »
Depuis 2015, la Chine a lancé son plan « Made in China 2025 », visant à devenir une superpuissance manufacturière dans les produits haut de gamme et les technologies de pointe. L’objectif est clair : attirer et absorber la technologie étrangère, puis la remplacer progressivement par de la propriété intellectuelle nationale. Les secteurs prioritaires incluent la robotique, les technologies de l’information, l’aéronautique, les véhicules propres, les nouveaux matériaux, la biomédecine et les équipements médicaux.
La Chine mise sur l’innovation locale, la R&D massive et la montée en gamme industrielle. Résultat : en 2025, les entreprises chinoises ne se contentent plus de copier — elles innovent, souvent plus vite et à moindre coût que leurs concurrents occidentaux. « La Chine innove plus qu’elle ne copie. Le marché chinois est devenu le plus grand terrain d’affrontement des concurrences chinoises et étrangères », souligne une analyse récente.
Des partenariats technologiques gagnant-gagnant ?
Pour la France, l’enjeu est double :
• Rattraper un retard industriel dans des filières clés pour la transition énergétique (batteries, photovoltaïque, mobilité électrique).
• Repenser son rôle dans les chaînes de valeur mondiales, en passant d’un pays « sous-traitant » à un acteur capable d’attirer des technologies, des investissements et de recréer de l’activité manufacturière à haute valeur ajoutée.
• La Chine, de son côté, voit dans ces partenariats une opportunité de contourner les barrières douanières européennes et d’accéder à un marché de 450 millions de consommateurs, tout en bénéficiant de l’expertise française en R&D et en gestion de projets complexes.
Opportunités pour la France : transferts technologiques et réindustrialisation
Les exemples concrets de coopération ne manquent pas. Plusieurs accords récents illustrent cette nouvelle dynamique :
• Orano et XTC New Energy : une co-entreprise pour produire des matériaux critiques à Dunkerque, avec un transfert de technologie chinois et une création d’emplois locaux.
• Partenariats dans l’automobile électrique : des constructeurs français collaborent avec des acteurs chinois comme BYD ou CATL pour accélérer leur transition vers le véhicule électrique, tout en localisant une partie de la production en France. Les Secteurs porteurs sont bien identifiés. Les domaines où la coopération sino- française est la plus prometteuse incluent :
• Les énergies vertes (photovoltaïque, éolien, hydrogène) : la Chine domine la production de panneaux solaires et de batteries, et cherche à exporter son savoir-faire.
• La mobilité électrique : les constructeurs chinois sont leaders en matière de véhicules électriques et de bornes de recharge.
• Les technologies numériques et l’IA : la Chine investit massivement dans l’intelligence artificielle et les infrastructures 5G/6G.
• La santé et la biomédecine : les innovations chinoises en télémédecine et en dispositifs médicaux connectés intéressent les acteurs français.
Défis et questions de souveraineté
Mais attention, la France n’est pas la seule à courtiser la Chine ! On assiste à une concurrence européenne acharnée. Des pays comme la Hongrie ou l’Espagne ont déjà signé des accords majeurs avec des géants chinois des batteries et de l’automobile électrique, parfois au prix de concessions sur la réciprocité et les transferts technologiques. « La Hongrie s’est accaparée un tiers des 10 milliards d’investissements chinois en Europe l’an dernier ».
Le déséquilibre des flux
Le stock d’investissements français en Chine est estimé à 46 milliards d’euros, contre 13,5 milliards d’euros pour les investissements chinois en France en 2025. Le déficit commercial de la France vis-à-vis de la Chine reste stable à 47 milliards
d’euros en 2024, un niveau historiquement élevé. Lors du Family Business Forum organisé par La Tribune à Paris le 9 décembre 2025, Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, a insisté sur la nécessité d’un « rééquilibrage des flux, dans le respect de notre souveraineté ». « Il faut imposer des joint-ventures et des transferts de technologie équilibrés », a-t-il déclaré.
Un équilibre à trouver
Pour que ces partenariats soient bénéfiques, plusieurs conditions sont indispensables :
• Encourager les co-investissements (joint-ventures) pour garantir un transfert technologique réel et un contrôle local.
• Sécuriser la souveraineté industrielle dans les secteurs stratégiques (énergie, télécoms, mobilité durable).
• Promouvoir un cadre réglementaire clair pour les investissements chinois, avec des garanties sur l’emploi, la formation et l’innovation locale.
L’histoire de Huawei en Europe rappelle les dangers d’une dépendance excessive : malgré des promesses d’investissements, certains projets (comme l’usine alsacienne) restent inaboutis, laissant planer le doute sur la réalité des transferts technologiques. « Il faut imposer des joint-ventures et des transferts de technologie équilibrés », insiste Nicolas Dufourcq.
Le rôle clé des acteurs franco-chinois
Dans ce contexte, les agences spécialisées jouent un rôle central :
• Faciliter les partenariats technologiques entre entreprises françaises et chinoises, en identifiant les opportunités et en sécurisant les transferts de savoir-faire.
• Aider à l’adaptation culturelle et réglementaire, essentielle pour réussir en Chine.
• Accompagner la communication et le marketing des entreprises françaises sur le marché chinois, en mettant en avant leur expertise et leur valeur ajoutée.
• Soutenir la création de joint-ventures et de projets communs, en s’assurant que les intérêts français soient préservés.
Les opportunités sont immenses, mais les défis — concurrence européenne, souveraineté, équilibre des partenariats — le sont tout autant.
Pour les entreprises françaises, l’enjeu est de saisir ces opportunités sans répéter les erreurs du passé.
N.P
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